Réflexions 2013

— RÉFLEXIONS DU KKB

Réflexions 2013

Une réflexion philosophique sur le respect.

KKB

Janvier 2013

★ RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE

Que faut-il respecter ?

Par Pierre MARTINOT — ceinture noire de Karaté

📜 EN OUVERTURE — KANT

« Je ne puis refuser tout respect à l'homme vicieux lui-même, comme homme, car, en cette qualité du moins, il n'en peut être privé, quoiqu'il s'en rende indigne par sa conduite... »

— Emmanuel Kant

Selon Kant, tout homme mérite le respect car il est homme. Cette citation mène cependant à une réflexion sur la nature même du respect. Si l'homme doit être respecté, qu'est-ce qui doit être respecté d'autre que l'homme ?

On pourrait considérer le respect comme une crainte révérencieuse, mélange de crainte et de soumission, même s'il s'agit d'une crainte positive. Le respect ne relève pas purement de la crainte, mais il est en analogie avec celle-ci. C'est pourquoi il se rapporte à notre volonté.

À la base du respect se trouve le respect de soi-même et le respect de l'autre. Ce respect d'autrui peut s'incarner dans le respect de la hiérarchie ou de la politesse. Mais il doit s'accompagner du respect moral, car le respect de l'homme n'est pas toujours intégré. Et si certaines valeurs doivent être respectées, est-il possible de respecter le respect lui-même ?

I. Le respect de soi et d'autrui

Le premier respect, fondement de toute vie humaine, est le respect de soi-même. Si je ne me respecte pas, je ne peux ni vivre ni accepter la vie. Le fait de vivre me fait constituer un prisme du monde qui m'entoure. L'irrespect de soi-même mène directement au suicide : comment vivre si je ne m'accepte pas ?

Le monde peut être beau et sublime, mais par la haine intérieure, la vision même du monde devient laide et invivable. Le premier respect qui doit animer tout homme est donc le respect de lui-même.

Ce respect en implique un second : le respect d'autrui. La notion même de respect ne pourrait exister sans cet alter-ego. L'irrespect, par contraste, permet une certaine compréhension du respect.

★ TÉMOIGNAGE PERSONNEL

À 15 ans, je me suis fait violemment roué de coups dans la rue par une bande de jeunes. Cette violence est un exemple criant d'irrespect — physique mais aussi psychologique — qui attaque les fondements mêmes des valeurs constituant l'individu.

Cette épreuve aura cependant eu une conséquence positive : la découverte du Karaté traditionnel. Un respect nouveau est venu aider à ma reconstruction.

II. Le respect dans les arts martiaux

Un authentique et profond respect émerge de la pratique d'un art martial. Le premier est le respect du maître — détenteur du savoir, de la culture et de la tradition. Il s'agit d'un respect très profond, absolu, qui peut perdurer bien après la mort de celui-ci, parfois jusqu'à une forme de sacralisation.

C'est un respect très pur, transcendant, à la base des valeurs du Budo. Il provient de la transmission des connaissances techniques et spirituelles, ainsi que de la perfection dans l'exécution d'un mouvement.

🙇 LE SALUT

Chaque entraînement est encadré d'un salut au début et à la fin du cours. On salue respectivement le maître fondateur, puis notre maître, et enfin nos camarades. Au début et à la fin de chaque exercice, on salue son partenaire. Ces saluts répétés sont l'expression d'un respect essentiel à la pratique du Karaté traditionnel.

Le respect dans les arts martiaux incarne une forme très pure du respect qui devrait animer chaque individu dans la vie.

III. Le respect de la hiérarchie et de la politesse

Au Dojo — littéralement « lieu où l'on pratique la voie » — la hiérarchie se caractérise par le port de ceintures de couleurs différentes. Le respect de la hiérarchie est fondamental dans nos sociétés.

Dans une classe, par exemple, les élèves se doivent de respecter le professeur, détenteur de la connaissance. Sans ce respect de la hiérarchie, nous vivrions perpétuellement dans l'anarchie la plus totale.

Une expression de ce respect est la politesse. Elle donne immédiatement une image de soi. Cependant, la politesse est relative à chaque société : il faut donc s'adapter pour montrer son respect en fonction des situations.

IV. Le respect et la morale

Pour la philosophie, la morale est la capacité supérieure qui commande l'action en vue de la moralité. Le respect de la morale peut donc mener à une forme de respect pure.

Si je veille au chevet de quelqu'un dans l'unique but d'hériter de cette personne, c'est un irrespect criant — un acte intéressé. Cela va à l'encontre d'une action faite pour le respect du devoir lui-même. De même, si j'obéis à une loi injuste — devoir de tuer un enfant innocent par exemple — je n'agis pas dans le respect de la morale.

Il faut donc que l'idée de respect du devoir soit le mobile de l'action.

📜 KANT — IMPÉRATIF CATÉGORIQUE

« Agis de telle manière que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme un moyen. »

Je ne dois pas faire aux autres ce que je ne voudrais pas que l'on me fasse. Utiliser une personne comme simple moyen témoigne d'un irrespect total envers elle.

Le respect, par la crainte qu'il suscite, peut aussi guider un individu qui ne parviendrait pas à être indépendant selon sa propre volonté. Comme l'écrit Kant : « Tout respect pour une personne n'est proprement que respect pour la loi dont cette personne nous donne l'exemple. » Ainsi, mon maître de Karaté nous transmet — à nous, ses élèves — des valeurs d'humilité et de dépassement de soi dont il donne l'exemple par sa propre humilité et sa propre volonté de dépassement.

V. Peut-on respecter le respect ?

Pour que l'idée même de respect existe, il faut d'abord respecter l'idée de respect. Sans cette volonté, le respect est dans l'impossibilité totale d'émerger.

Le respect est intimement lié à la volonté — contrairement au mal, que l'on peut commettre par inadvertance. Personne n'a réellement envie d'obéir aux ordres d'un patron contraignant, mais nous respectons ces personnes qui nous sont supérieures hiérarchiquement, donc nous suivons leurs ordres grâce à notre volonté.

Pourtant, le respect de la hiérarchie a ses limites. Certains chefs charismatiques n'ont pas hésité à ordonner l'exécution de gens innocents — un respect perverti par la peur.

Si une personne que je respecte particulièrement m'oblige sans raison à tuer un innocent, je ne pourrais pas le faire : cet ordre heurterait mes valeurs fondamentales. Il existe donc une limite au respect du respect lorsqu'il va à l'encontre d'une autre forme de respect — comme le respect de la vie d'autrui. C'est pourquoi la morale doit servir de principe heuristique pour respecter le respect.

★ CONCLUSION

Une valeur essentielle

Le respect est une valeur absolument essentielle pour l'homme. Il permet de se respecter — donc de vivre — mais aussi de respecter les autres, même si l'irrespect subsiste parfois.

Le respect est avant tout la valeur qui permet la paix entre les hommes, surtout quand il est porté par un véritable respect de la morale.

Il existe enfin une forme de respect du respect — substance pérenne et principe heuristique pour tous ceux qui veulent vivre en vue de la morale et de la paix.

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